Cette rubrique regroupe la biographie du chanteur guitariste poète Kabyle, Lounis Aït Menguellet quelques photos du 8 ème carrefour culturel de la Soummam qui lui rendait hommage pour ses 40 ans de carrière en Août 2007, ainsi quelques textes et vidéos qui n'ont pas rapport avec le 8 ème carrefour.
Ils étaient des milliers de personnes, à Béjaia tout comme à Akbou, à rendre un vibrant hommage à Lounis Ait Menguellet. En l'espace de quelques jours, du 7 au 14 août, Béjaia s'est transformée en un carrefour de la culture nationale sous toutes ses couleurs. En effet, plusieurs délégations et artistes ont fait le déplacement à Béjaia pour prendre part à l'événement. Outre les participants nationaux, on pouvait constater, entre autres, la présence d'artistes et de journalistes venus de France et du Sahara Occidental. L'ambiance fut chaleureusement conviviale.
La cérémonie d'ouverture a été retransmise en directe par la chaîne de radio Soummam. Devant un public nombreux, sur le plateau de l'émission, à la maison de la culture Taos Amrouche de Béjaia, Ait-Menguellet a répondu à plusieurs questions de l'animateur. Des questions relatives à la vie et à l'œuvre de l'artiste, le tout entrecoupé de chansons que Lounis a eu le plaisir d'interpréter avec sa seule guitare.
Au menu du programme, des expositions, une projection de film d'expression amazighe, des animations de proximité, un défilé à travers les artères de la ville, des visités guidées sur sites historiques et touristiques de Béjaia. Par ailleurs, des enseignants universitaires ont animés des communications autour du thème de la poésie ait-menguelletienne.
Le Carrefour de la Soummam s'est achevé en apothéose au stade d'Akbou sur un méga concert animé par une pléiade de vedettes de la chanson algérienne, tels que Malika Domrane, Taleb Rabah, Rédha Doumaz, Louisa et bien d'autres artistes. C'est Lounis Ait-Menguellet lui-même qui, accompagné de son fils Djaffar à la flûte, a clôturé le spectacle sous les applaudissements nourris du public. Le stade était plein comme un œuf et l'ambiance était tout simplement émouvante. On avait l'impression de renouer avec les grands spectacles d'autrefois que notre Ait Menguellet national avait coutume de donner. C'est dire que malgré la cabbale dont Ait Menguellet a été victime ces dernières années, sa popularité est restée intacte.
Un grand bravo pour l'association organisatrice, en l'occurrence l'Etoile culturelle d'Akbou, qui a réussi le pari de faire du Carrefour de la Soummam un événement franchement grandiose.
~ Août 2007 par Isabelle et Karim Kherbouche.~
QUELQUES PHOTOS
Lounis Aït Menguellet
Touareg
Femme des Aurès
Joueurs de Bendir revêtu de Cheicha et Guindoura, région des Aurès. Au milieu, le président de l'association Essadaka ( lutte contre la drogue) Batna ( prochainement un article sur cette association)
Tiaret, République Sud Algérie
COTE FAMILLE
Au cours de la cérémonie d'ouverture du huitième carrefour culturel de la Soummam , Lounis Ait Menguellet annonce deux bonnes nouvelles.
D'une part que son fils Djaffar, musicien et chanteur, s'est marié le mois de juillet dernier. D'autre part, Lounis Ait Menguellet est depuis quelques temps grand-père d'un petit garçon… prénommé Lounis......
Toutes nos félicitations à la famille Ait Menguellet.
Isabelle et Karim Kherbouche, août 2007.
LOUNIS AIT MENGUELLET
Le 17 janvier 1950, à Ighil Bouammas, un petit village de Kabylie, est né Aït Menguellet Abd Nabi Lounis, benjamin d'une famille de six enfants. Dès son enfance il est partagé entre son village natal, près de Tizi Ouzou, et Alger, chez ses frères ainés.
Durant ses études déjà, Lounis écrit des poèmes. Encore adolescent, il se lance dans la chanson en compagnie d'un groupe de jeunes amis, avec qui il partage ses soirées. Ils forment alors le groupe "Imazighen".
En 1967, à l'âge de 17 ans, il participe à l'émission " I ENAYEN UZEKKA" de la radio chaîne II, que Chérif Khedam consacre à la découverte de jeunes talents, Aït Menguellet interprète alors " ma trud ula d nek aker" qu'il a composé lui même, un succès qui le propulse au rang d'idole.
C'est en 1969 qu'il enregistre son deuxième album " Luiza" confirmant définitivement sa notoriété.
Ayant porté sa voix au delà des frontières du pays, Aït Menguellet réalise avec succès son passage à l'olympia en 1978 et au Zénith de Paris en 1985. Avec un langage poétique frisant le philosophe, il devient un symbole de la chanson kabyle.
L'oeuvre de Lounis Aït Menguellet peut être scindée en trois parties, selon les thèmes traités : la première, sentimentale, durant les années 70, où les chansons sont plus courtes. La seconde, durant les années 80, politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues, qui demandent une lecture et une interprétation profondes. La dernière depuis les années 2000, consacrée à la critique autour des thèmes qui rongent la société kabyle : son élite et sa classe politique.
Après 40 ans de carrière, plus de 200 chansons produites et une popularité bien établie, Lounis Aït Menguellet reste fidèle à lui même, à son style Avec sa voix chaude, il a la magie de transporter ses fans à la découverte de sa langue, sa Kabylie et son Algérie. Il a encore la sagesse d'éclairer son peuple sur ses dérives, ses maux.
En digne héritier de Si M'Hand, Aït Menguellet demeure aujourd'hui l'un des plus grands artistes, à travers sa chanson poétique, pour laquelle il accorde une importance particulière. Grâce à son génie poétique, son humanisme et sa sagesse, Lounis Aït Menguellet est incontestablement un repère.
Un peu de poésie, un peu de douceur…Cette fois -ci j'ai créé en faisant une petite association, un texte de Lounis Aït Menguellet " tesdhledh-iyi ur dhelma " " tu m'as condamné à tort " et un instrumental joué par son fils Djaffar. Je l'ai réalisé en deux versions, kabyle et français. Parmi les images, des œuvres de Joséphine Wall et Michèle Vial. Un grand merci à Massinissa pour les paroles et son aide à la traduction. Tannirt amdakul inu. Merci aussi , à Samir B, pour les photos de Lounis et Djaffar Aït Menguellet.
Je regardais par la fenêtre Il y avait encore des étoiles dans ce ciel Mon cœur était oppressé Comment pouvait-il maintenant s'apaiser ? Dure est la séparation Mes épreuves commencent aujourd'hui
Louiza sois forte Moi aussi je pleure
Je regardais dehors Le taxi m'attendait J'étais triste elle le savait Elle me suivrait des yeux quand je m'en irais La pluie se mit à tomber Comme la tristesse tombait sur moi
J'ai dit adieu Aux monts qui me regardaient La maison M'apparaissait comme une ombre Ta photo Dans ma poche me tenait compagnie
En route La pluie se mêlait à mes larmes Combien ai-je pleuré ! Le temps pleurait avec moi Ce jour-là je m'en souviendrai Le ciel avait pris le deuil aussi
Le jour levé était Pour moi le début des ténèbres C'était un vrai deuil Le rire avait déserté mon visage Mon cœur se blessait Au souvenir de tes mots
Tu m'as dit Les jours sont rudes à passer Ressouviens- toi de moi Bien qu'ainsi tu me quittes Puis fais mon bonheur En revenant à moi
Louiza sois forte Moi aussi je pleure Supporte les épreuves avec patience Tout ce qui est écrit passera
Le jour de mon départ Mes yeux se sont perdus de larmes Comme un fou je m'égarais dans les chemins Je faisais des vœux Pour que nos beaux jours renaissent
Combien ai-je pleuré ! Mais à quoi bon les larmes Combien j'ai demandé De tes nouvelles ! Me voici attendant Que la lumière jaillise
Je comptais les jours Chaque minute était une année J'étais repu de colères Quoique mon cœur supportât sa tristesse Ah ! je veux te voir Ne fût-ce qu'un jour !
Lounis Aït Menguellet
Traduction Tassadit Yacine (Aït Menguellet chante" La Découverte/ Awal Ilustration : création depuis oeuvre Atanane
NOTRE AMOUR
Notre Amour passa aux rougeurs du feu, dans le brasier du foyer se jeta et flamba ; Les bûches le poussent aux flammes afin que nul ne puisse l'éteindre. Dans le ciel sa fumée s'élevera, elle ira se mêler aux nuées, Son feu laissera cendres en son sillage ; Ces cendres le vent les fera voler.
Les cendres, le vent les fera voler, les essaiemera devant le foyer. Une rose éclora, fleurira : elle prendra les traits de ton visage; et moi je me ferai nuage au dessus de toi je t'enverrai mon salut. L'herbe deviendra ta couche et le ciel ta couverture.
La fiancée d'Anzar viendra, à la rose offrant son foulard ; L'éclair jaillira comme un phare, il fera resplendir son visage. Les pluies qui aux racines donnent vie, vers Elle, je les ferai affluer. Pour toi qu'entourent les fleurs, je me ferais sentinelle.
Voici l'été qui s'en revient : arrive ton jour et mon jour. Moi, du ciel il me chassera à toi, il brûlera les ailes. Je t'ai laissée, pardonne- moi; en toi, saisis le sens de ceci, en toi mon amour s'est égaré, il vint, passa, éphémère.
A tort tu m'accuses, mais nul fut mon tort ; si je t'ai fait du tort, c'est malgré moi ; pardonne- moi comme je te pardonne, toi qui m'es précieuse.
Lounis Aït Menguellet. Illustrations : (1) Isabelle (2)Création d'après une ouvre de Michèle Vial.
Chanson de Bob Dylan, chanté par Lounis et Djaffar Aït Menguellet et Hugues Auffray
DISCOGRAPAHIE
La discographie de Lounis Aït Menguellet comporte au total, plus de 200 chansons.
1967-1975 : Période des 45 Tours, environ 70 titres. 1976 : Anidha thedjam ammi (Luzine akham) 1978 : Aaathar 1979 : Ayagou 1981 : Amdjahed (Ali d Ouali) 1982 : Amachahu 1983 : Almusiw 1983 : Ammi 1984 : Akbaili 1984 : Arrac lezzayer 1986 : Asefru 1987 : « Les années d'or » 48 titres, reprises en 6 volumes. des 45 tours 1988 : Achimi 1990 : Avrid n temzi 1992 : Akw nikhdaa Rebbi 1993 : Awal 1995 : Iminig egguid Janvier 1997 : Siwliyid thamac 1997 : Ettes Ettes Décembre 1998 : Amjahed Juillet 1999 : Inagan Janvier 2000 : Askouti Janvier 2001 : Inasen Janvier 2005 : Yennad Umghar
(source brtv)
LOUNIS AIT MENGUELLET PAR AHMED MESLI
Ci -dessous un article et dessin de Ahmed Mesli.
Dimanche 26 octobre 2008, boulevard des capucines près de l'opéra. Temps agréable. Il est 13 h. La masse des inconditionnels de Lounis, venus voir leur idole à l'Olympia de paris, ne cesse de s'agrandir. Le concert va se dérouler à guichet fermé et beaucoup n'ont pas la chance ou le bon réflexe de réserver leur place au préalable. A l'heure même où devrait débuter le concert (14h30), l'entrée de l'Olympia est toujours noire de monde en quête d'une éventuelle place.
Trop sollicités, les agents de sécurité et ceux de l'accueil sont quelque peu dépassés. Faute d'avoir le précieux billet qu'ils pensaient acquérir facilement au guichet, beaucoup brandissent alors pancartes et écriteaux en recherche d'un billet même à …. 150 Euro ! . Un groupe de jeunes suggèrent que Lounis et les organisateurs auraient dû penser à une programmation sur 2 voire 3 jours. Je les comprends.
Sans doute à cause de l'affluence, le concert tant attendu ne commencera qu'à 15h15. Les musiciens rentrent sur scène, ils sont suivis du sage vêtu d'une chemise rouge. Comme de coutume, des deux mains il salut avec humilité le public qui se lève comme un seul homme pour accueillir le ciseleur du verbe du majestueux Djurdjura. Un sourire, quelques mots de bienvenue et une promesse de rattraper les quelques minutes de retard.
Applaudissements et youyous interminables fusent alors des deux étages, puis... un silence religieux envahi la salle dès le premier son de la guitare qui annonce l'ouverture du récital par une partie de "thiragwa" (innaguen).
La présence de Djaffar aux commandes de l'orchestre et les six musiciens qui le compose est à saluer. Durant cette première partie du spectacle nous avons eu droit à plus d'une dizaine de chansons puisées, pour la plus grande part, de son répertoire d'avant 90 et plus particulièrement des albums thelt ayam et thiragwa.
L'émotion était à son comble à l'écoute de cette voix magique qui rouvre, encore une fois, l'armoire où se trouve son journal de « thayri ».
Après une courte pose, le gala reprend. En cette deuxième partie, notre barde et son orchestre semblent être stimulés. Le répertoire est, cette fois-ci, puisé des créations plus récentes de l'artiste. Ainsi se sont succédées « assegwas », « dda yidir », « ettes ettes », « wid yastufan » et « ardjuyi »....
LOUNIS AIT MENGUELLET RETROUVE L'OLYMPIA
Il est plus enraciné que jamais dans les tréfonds de son pays. Le chanteur et poète Lounis Aït Menguellet est différent des autres artistes, nombreux, qui sont complètement déracinés et dont certains marchandent même leur personnalité et l'image du pays uniquement pour se faire offrir un titre de séjour dans l'Hexagone. Aït Menguellet reste l'inamovible interprète des rêves et le traducteur fidèle des réalités et du vécu de ses auditeurs.
L'ailleurs pour lui, c'est ici ; ce sont sa culture, sa langue, sa personnalité identitaire, et sa terre. Lors d'une tournée en France, raconte t-il, une journaliste du Monde venue l'interviewer lui demande pourquoi il ne chantait pas en français. " J'ai ma propre langue madame ! ", lui répond-il. " Pourquoi êtes-vous en France alors ? ", questionna-t-elle, encore. Lounis, solidement attaché à son pays et à sa culture, lui répond : " En France, j'ai un important public, et c'est pour lui que je suis là. Autrement, j'aurais visité la tour Eiffel et je serais rentré dans mon pays. " ................