Algérie France Amitié

Le bulletin de l'association ALFA n° 8

Avril Mai Juin 2008 Numéro 8

Bulletin édité par l'association

ALGERIE FRANCE AMITIE

Responsable de publication : Salah Yataguène
Mise en page : Sylvie Burgaud
Relecture : Béatrice Blanc


Eliane Montlahuc (Portrait)

Eliane Montlahuc est la doyenne de l'association ALFA. Au lien, elle parle
de l'Algérie : son pays avec beaucoup d'émotion et de nostalgie.

Le lien : Eliane, vous avez vécu longtemps en Algérie, dans des circonstances
particulières, quels souvenirs gardez-vous aujourd'hui de ce pays ?


Eliane Montlahuc :

C'est dur de parler d'un pays où on est né et de l'avoir quitter la mort dans l'âme,
après y avoir passé  toute une partie de sa vie. Avec mon mari Fernand nous sommes nés
tous les deux en Algérie, lui à la Fayette ( Sétif) et moi à Relizane ( région d'Oran).
Moi j'habitais Mostaganem, une ville côtière où mon père était instituteur à Montgolfier.

A la fin de la guerre mondiale il se vit affecter à l'école des garçons du village de Tidjitt
à Mostaganem. Cet établisssemnt étaient fréquentés par des enfants européens, des  musulmans, et des juifs.
Il y a enseigné pendant 16 ans. Il avait beaucoup de problèmes vu qu'il s'occupait des
personnes en difficulté. Ce qui était mal perçu par le colonisateur.

Dans les années 30 la ville de Mostaganem connut d'importants troubles suite à une grêve des dockers déclenchée
pour revendiquer l'augmentation de leurs salaires.
Le port de Mostaganem constituait le poumon de la ville.
Une répression aveugle s'est abattue sur eux et les colons ont tiré sur les grévistes tuant
un jeune espagnol qui venait tout juste de commencer ce métier.

De nouveau, les colons ont chargé la foule qui suivait les funérailles du défunt.
J'ai vécu cette scène horrible à l'âge de 18 ans.

Mon mari venait juste de finir ses études à Alger. Notre rencontre est due à un de ses
amis de Mostaganemois qui un jour, nous mit en relation.
On s'était rencontrait sur la place de la ville pour la première fois puis on enchaînait en s'envoyant des lettres régulièrement.

Il n'avait ni père ni mère. Ma mère, un jour me proposa de l'inviter pour passer quelques jours des grandes vacances
chez nous car elle était persuadée de la sincérité et de l'assurance cette relation. Ce qui fut le cas.
Cette relation fuit poursuivis jusqu'au jour où il me demanda en mariage, en 1942, j'avais alors 21 ans.

A la suite de cette union nous étions partis vivre à Sétif. Après 23 ans de vie commune en Algérie, nous avons quittés ce pays (ndlr le nôtre) en 1965 pour La Roche Sur Yon.

Quels souvenirs que j'ai gardé ? Tout un pays. Il y a un an à la suite de la lecture d'un article  de presse qui parlait de Mostaganem, j'avais envie de prendre l'avion et de partir ( les larmes aux yeux).

Le Lien : votre mari était l'un  des artisans des jumelage de La Roche sur Yon avec certaines villes qu'on connaît
aujourd'hui dont Tizi Ouzou en Algérie.
Voulez vous donner un peu plus d'explication sur ce sujet ?


Eliane Montlahuc :

J'ai d'abord garder de mon mari le souvenir d'un homme extraordinaire qui prêtait une attention particulière aux enfants. Il était humaniste et très ouvert aux autres.
C'est lui qui a mis en place en 1977 l'association pour les échanges internationaux et nationaux (AIEN) qu'il a présidé jusqu'en 1987. M.Maurice Huvelin a pris ensuite le relais.

Moi j'ai connu Tizi Ouzou en 1988 dans le cadre de ce jumelage. C'est aussi suite à la demande de Fernand au ministère de l'Education que le lycée Pierre-Mendès-France a été construit à la Roche sur Yon et a ouvert ses portes en octobre 1970, le premier établissement mixte et dont il était le proviseur jusqu'en 1983, année de son départ en retraite.

Le Lien : votre investissement aussi bien à L'AIEN qu'à ALFA, peut-il être interprété comme un hommage
à la mémoire de votre mari ?


Eliane Montlahuc :

Ce n'est pas le fait du hasard si je me retrouve dans ses deux associations dont chacune a son identité mais qui sont pour moi tout à fait symboliques et révélatrices des valeurs pour lesquelles " militait" mon mari.
Oui en quelque sorte je continue ce "combat" pour sa mémoire et par amour pour l'Algérie.

Le Lien : ALFA se fera un plaisir de fêter votre prochain anniversaire. Qu'en pesnez-vous ?

Eliane Montlahuc : C'est gentil !

Eliane aura 87 ans le 18 octobre prochain. ALFA  lui souhaite une longue vie.
Le lien n°8 j f m

Fête des bénévoles

La récente réunion bilan  de la soirée du nouvel an berbère 2958 a souligné la nécessité d'organiser
une fête des bénévoles à la place du méchoui de l'amitié en juin
(date et lieu à préciser ultérieurement).

Objectif : permettre à tous les bénévoles qui nous ont aidés jusque -là dans les préparatifs
de la soirée du nouvel an berbère de se retrouver en toute convivialité.

Il s'agit d'un geste de reconnaissance. Tous les membres présents à cette réunion ont été favorables à cette initiative.
Il s'agit des associations : ALFA, Femmes du monde, Méditerranée Horizon et Art et Culture Vendée.

Comment l'organiser ? c'est simple : chaque association partenaire prépare un plat,
un dessert, une entrée ou un gâteau pour partager le tout dans un esprit cordial.

Il va de soi que pour mettre en oeuvre cette démarche, il va falloir entreprendre des contacts pour trouver le lieu et fixer une date.
Mouloud s'est déjà proposé pour voir un site sur la Ferrière qui serait adéquat pour accueillir cette rencontre.
Affaire à suivre....
Le lien n°8 j f m

Journée de la femme

Comme à l'accoutumée le 8 mars est célébrée la journée de la femme.
Alors si j'associe femme et Algérie, je pense à  Marguerite Taos Amrouche.

C'est une femme qui avec sa maman Fadhma Aït Mansour Amrouche, a contribué à
la sauvegarde du patrimoine culturel kabyle.

En Kabylie, les femmes avaient un rôle important dans la transmission du savoir,
cette dernière était essentiellement orale. La maman de Taos Amrouche chantait et
contait beaucoup d'histoires, ces enfants ont donc baignés dans cette ambiance.

Dans un premier temps Marguerite Taos Amrouche, était romancière, elle écrivait en français.
Par la suite elle s'est tournée vers le chant kabyle.
Avec son frère Jean, elle a retranscrit les contes, chants et proverbes kabyles.
Ces derniers ont été publiés notamment dans le " grain magique" ( 1966, éditions la
Découverte).

Taos Amrouche chantait la tradition berbère, elle était devenue le porte parole de toutes les femmes qui souffraient en silence en Algérie.

C'est avec ferveur qu'elle défendait la culture berbère. Ces chants rituels, qui célèbre  la vie de l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe, sont au  nombre de 95, regroupés dans un coffret 5 CD.

A partir de 1949, elle a assuré à la Radiodiffusion française une chronique hebdomadaire
en langue kabyle, consacrée au folklore oral et à la littérature magrébine.

Elle participe à la fondation de l'Académie berbère à Paris en 1966.

Elle décéde le 2 avril 1976, elle est enterrée  à St Michel L'Observatoire.

Hirondelle poème écrit par sa maman Fadhma Aït Mansour Amrouche, poème destiné à protéger sa fille
alors pensionnaire à la Casa Velazquez à Madrid.

Hirondelle bat des ailes et hâte-  toi
Vers le pays où est ma fille
A son côté repose-toi
Appuie ta tête sur ses genoux
Prends toutes les peines de son coeur
Pour les jeter du haut des cieux
Au fond des mers,
Et laisse-là, dans son exil,
L'âme en fête ! 


Oeuvres littéraires de Taos Amrouche

  • Jacinthe noire (1947) roman
  • Le Grain magique (1966) recueil de contes et de poèmes
  • Rue des tambourins (1969) roman
  • Les Moissons de l'exil
  • L'amant imaginaire (1975) roman autobiographique
  • Solitude ma mère (1995) roman posthume

Discographie de Taos Amrouche

  • Chants berbères de Kabylie (1967) Grand prix du disque
  • Chants de processions, méditations et danses sacrées berbères (1967)
  • Chants de l'Atlas (1971)
  • Chants espagnols archaïques de la Alberca (1972)
  • Incantations, méditations et danses sacrées berbères (1974)
  • Chants berbères de la meule et du berceau (1975)

Isabelle.

Le lien n°8 j f m

Allocution intégrale d'ouverture de la soirée Yennayer 2958

Mesdames, Messieurs, chers invités, bonsoir.

Nous revoilà pour la 4 ème année consécutive pour fêter ensemble le nouvel an berbère
(yennayer 2958).

An nom de collectif franco algérien préparatoire de cette soirée, qui se compose
d'associations : ALFA, AIEN, Méditéranée Horizons, Art et Culture Vendée,
Femmes du Monde
et les jeunes des maisons de quartiers  la liberté et le Bourg sous la Roche,
je vous remercie  pour votre fidélité.

Je tiens également à remercier l'adjointe aux  Relations internationales, Mme Danièle Hillier,
représentant M Le Maire Pierre Régnault, la vice présidente du Conseil régional  des Pays de Loire, Mme Sylvianne Bulteau,
représentant M Jacques Auxiette, et M. Harrag Abdelhafidh le vice consul d'Algérie à Nantes.

Souvenez-vous que lors de la précédente édition nous étions 450 dans la grande salle des fêtes, et le succès de cette soirée a
largement dépassé nos esprérances.
Cette année l'option pour la petite salle ne change rien à notre ardeur et notre détermination à rassembler le maximum
de Yonnais autour de cet évènement qui
cultive la convivialité, le partage et l'ouverture sur nos deux cultures française et algérienne.

Nous nous excusons auprès des 30 autres personnes que nous n'avons pas pu accueillir.
Mais la soirée dansante leur est ouverte chaleureusement.

Nous avons toujours pour ambition de rapprocher nos deux peuples car nous sommes
convaincus que de belles et intéressantes actions peuvent se faire entre nos deux rives,
nous qui avons la chance de vivre sur une ville jumelée avec Tizi-Ouzou et qui fêteront en
mai prochain le 20 ème anniversaire de leur relation.

Il va sans dire que cette soirée n'auraient pas eu lieu sans l'investissement précieux des bénévoles ( une vingtaine au minimum)
et le partenariat de la ville qui a mis à notre
disposition sa logistique, qu'elle en soit remerciée.

Nous remercions également, nos exposants qui ont réussi à mettre en couleur la salle
grâce à leur savoir faire artistique. Certes l'amitié et la fraternité entre les peuples
auxquelles nous aspirons est un grand chantier. Il mérite d'être travaillé car c'est dans
l'unité que nous pouvons relever les défis et donner un sens à notre action.

Je ne terminerai pas mon propos sans avoir une pensée pour notre ami le jeune Farid Açid que la ville de la Roche sur Yon a accueilli,
il y a sept ans, pour des soins à la suite
de ses blessures lors des émeutes de Kabylie en 2001.
Il devait être parmi nous ce soir mais des impératifs médicaux liés à son état de santé
l'ont empêché. Paraplégique, Farid, vit actuellement à Nantes. Ainsi je me fais l'écho
de ses remerciements à toutes les personnes qui l'ont aidé lors de son hospitalisation
à la Roche sur Yon.

Vive l''Amitié entre les peuples, vive le jumelage entre Tizi Ouzou et la Roche sur Yon.

Discours : Salah Yataguène.
Le lien n°8 j f m
Le lien 01 03 2008

Le nouvel an berbère en 2958 en images

Yennayer 2958

ALFA une identité, une symbolique et un parcours...

Deux ans à la tête de notre association et une année comme secrétaire, c'est
à la fois beaucoup et peu. C'est pour moi une expérience heureuse d'avoir travaillé
avec des amis qui partagent les mêmes convictions pour arrimer notre association
à la place qu'elle occupe aujourd'hui dans l'arène associative yonnaise.

Ils sont nombreux, ces yonnaises et yonnais à croire et à partager nos objectifs.
C'est un signe qui nous conforte dans notre façon de faire même si il reste encore
à nous parfaire.
Le sentiment de suffisance et de perfectionnement ne doivent pas faire partie de
nos fonctionnements. Heureux ce qui l'ont compris.

ALFA c'est aussi une question d'identité au sens culturel et citoyen du terme à ceux
qui ne l'ont pas encore compris, c'est une symbolique dans son contexte de création
même si l'adaptation des statuts reste une nécessité car les états stationnaires sont mortels,
c'est enfin un idéal et un long parcours à faire en terme de rapprochement entre
nos deux peuples français et algérien. Car aujourd'hui nos enfants ont besoin d'apprendre
le langage de la convivialité, de la paix et de la fraternité.

La devise de la France en ce sens est un bel exemple mais notre souhait serait qu'elle
s'applique et s'ouvre à d'autres peuples et nations à l'heure de la mondialisation.
A plus forte raison avec notre pays l'Algérie. A la Roche, beaucoup ont connu ce
beau pays, certains ont eu l'occasion de le revoir et d'autres souhaitent le découvrir.

C'est dans ce sens aussi que nous inscrivons nos objectifs.
Mais la gouvernance d'une association c' est aussi  l' alternance, la passassion 
des responsabilités ( et non des pouvoirs) car un bon chef de chantier doit savoir
donner l'occasion à toutes les bonnes volontés, de faire preuve de leurs aptitudes
à reprendre la relève pour insuffler une nouvelle dynamique au projet.

On ne quitte pas une association de cette notoriété, ça fait très mal et ça laisse
un sentiment de reniement de soi-même. Je n'en serais pas là.
C'est la conclusion à laquelle j'ai abouti dans ma décision de passer le flambeau à mes amis
car confiant de la continuité voire l'épanouissement de notre association, j'apporterai
toujours ma modeste contribution et ne ménagerai aucun effort pour aider la nouvelle
équipe sur toutes les actions allant dans les nouveaux objectifs que l'association se
donnera.

Merci à toutes et à tous de m'avoir accompagné durant ces deux mandats.

S.Yataguène.
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